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Trip longboard Ben

By 28 août 2017août 30th, 2017Longboard

500 kms en longboard de Besançon à Aubenas!

Une histoire qui démarre par un pari entre ami :


“ – Hey les gars, j’ai pensé à faire un road trip tout seul en longboard cet été !
–  Mec, tu ne tiendras pas 100 bornes ! “

Le défi était lancé et l’idée avait germé.
Le soir même je me mis à la recherche d’un itinéraire qui pourrait me faire découvrir le plus de paysages et de régions possibles, mais avec quelques obligations et limites dûes à mon moyen de transport.
Premièrement le départ se fera de ma ville d’origine : Besançon. Deuxièmement éviter le plus possible la circulation et donc emprunter le plus possible les vélo-routes et chemins verts qui en général sont recouverts d’une belle langue de goudron bien lisse. Enfin troisièmement, seulement une semaine pour réaliser le plus de kilomètres possible, car les vacances sont assez courtes cet été là.
L’idée de l’itinéraire est venu très vite; allant en Ardèche tous les étés depuis quelques années dans une petite voiture remplie de potes et de victuailles, pourquoi ne pas faire le même trajet mais cette fois ci en prenant le temps de voir ce qu’il y a de l’autre côté de ces grandes artères qui traversent notre beau pays et qu’on appelle autoroute.
Après quelques heures de recherche le trajet était tracé ville par ville, village par village avec la précision d’un cartographe. Et après 5 mois et demi d’entraînements le jour du départ arriva.

Le sac à dos était rempli avec : vêtements de rechanges, tente très légère, tapis de sol, nécessaire de toilette, nécessaire de cuisine, trousse de secours, roues et roulements de rechange pour la planche, plus quelques bricoles, pour un poid total de 14kg ce qui est plutôt lourd! Quand à la planche : un plateau pendulaire de la marque Madrid, des trucks Randal, et des Roues Orangatang avec un diamètre assez gros de 80 mm, et plutôt tendre pour passer partout.
Je vais vous raconter cette histoire à la manière d’un carnet de route, que j’ai tenu chaque jour.

Jour 1 : Un départ grisant

Le premier jour fut l’un des plus beaux du voyage, je me sentais emporté par une euphorie incroyable, et ce malgré l’appréhension du premier voyage en solitaire. Un sentiment de liberté absolue et l’excitation de l’inconnu motivaient chaques poussées en avant.

Je parcours les 35 premiers kilomètres très rapidement car je les avais parcouru plusieurs fois lors de ma préparation physique. Le midi je m’arrête dans un petit restaurant pour voyageur comme pour fêter le jour du départ avec une bonne assiette du terroir franc-comtois.

Après une pause digestive les pieds dans l’eau du Doubs, je repars sous un soleil de plomb pour les 40 km prévus cet après-midi. Un parcours sans difficultés oscillant entre vélo-route sur les bords de la rivière et voies partagées sur la départementale. Au final après 74.6 km plutôt facile, j’arrive à Tavaux pour ma première nuit camping au bord de la vélo – route.
Pour le repas du soir, j’ai prévu un kilo de riz qui doit me faire quelques jours et un sachet d’épices pour ajouter un soupçon de goût et de couleur.
Après ce repas vite avalé je rejoins les bras de Morphée avec des images pleins la tête et des kilomètres pleins les jambes.

Jour 2 : Journée Chaotique

Après une bonne nuit de sommeil, je me réveille avec l’excitation de la découverte de l’inconnu. Au menu du déjeuner, quelques barres de céréales accompagnées d’un sachet de café soluble chauffé à la popote et au réchaud gaz. Ce n’est pas vraiment un déjeuner de roi, mais quelques part je le prend plus par obligations d’apports d’énergie que par plaisir car je suis vraiment pressé de partir!
Ce matin, le ciel est couvert comme pour annoncer une mauvaise journée et dieu sait qu’elle sera mauvaise!

Après 2 ou 3 kms de goudron fraîchement coulé, car en travaux deux jours avant, je me retrouve sur un chemin complètement défoncé, un mélange de gravier de nid de poule et de tout venant. Un chemin prenable en vélo sans trop de soucis, mais en longboard l’histoire n’est pas la même. Je décide quand même de rester sur la planche malgré les vibrations et mes roues qui dérapent dans les graviers, en pensant que cela ne durerait pas longtemps.

Résultat 15 km de ce chaos graveleux avant la première ville et un revêtement décent. Par la suite s’enchaînent longues lignes droites toujours aussi défoncées, dans des paysages aux reliefs inexistants et détours, demi-tours, car les indications vélo – route en Côte d’Or sont juste incompréhensibles !

Mère nature n’est pas plus clémente aujourd’hui, avec un vent de face sur les 36 premiers kilomètres, jusqu’à la pause repas du midi dans une ville ouvrière d’une tristesse incroyable.

L’après-midi ne se passa pas mieux avec des passages dans des villages fantômes, une portion de départementale sur 10 kms où je suis obligé de marcher tellement les vibrations sont insupportables pour mes chevilles.

J’arrive péniblement à Verdun sur le Doubs après 58 kms des plus fatigants que ce soit physiquement ou moralement. C’est à ce moment précis que je reçois un coup de fil de mon paternel qui me demande où je serais le soir pour dormir. Ce coup de téléphone me redonne du baume au coeur et je décide de repartir pour 20 kms supplémentaires où mon père me fit la surprise de me rejoindre avec son camping car, un bon repas et une bonne nuit dans un lit s’annonçe après 78 km des plus épuisants.

Jour 3 : Des vignes et du dénivelé positif

Quel bonheur d’avoir dormi dans un lit, les soucis de la veille sont partis avec la fatigue.
Mon père me propose de faire voiture balai et de me suivre pendant 2 jours, où il me rejoindra à ma destination du soir. Après réflexion, j’accepte cela me permet de lui laisser le plus gros de mon paquetage et de prendre le nécessaire pour la journée et donc d’avancer plus vite. Et après tout, pour un premier voyage en longboard un petit coup de pouce est le bienvenu.

Je pars donc pour Châlon-sur-Saône le dos léger. J’arrive vite au centre ville où j’achète mon repas du midi. Les indications d’itinéraire à Châlon étant inexistantes je me retrouve dans une zone commerciale à la sortie de la ville où je finis par demander mon chemin. Résultat, un détour de 12 km car la voie bleue que je devais prendre est inexistante, merci au site des vélos – routes!

C’est donc avec les indications des habitants que je prends la voie verte entre Châlon et Mâcon.
Un chemin en enrobé bien lisse m’attend et malgré le vent de face encore aujourd’hui j’avance rapidement. C’est une journée de montée assez rude, car malgré le fait que le dénivelé positif n’est pas très prononcé, l’effort est sur la longueur avec tout de même 60 kms à rouler et une chaleur assommante, mais les passages dans les vignes à perte de vue m’offrent un spectacle naturel époustouflant.

En fin de journée mon père m’attend à Cluny, mon étape du soir, avec une bière fraîche et un barbecue bien mérité.

Jour 4 : 91 km!!

Un début de journée où s’enchainent des montées très rudes et des descentes très courtes pour une ascension sur une dizaine de kilomètres.

J’arrive ensuite sous le plus long pont en voie cyclable d’europe avec 1.6 km et un plafond remplie de chauves-souris endormies. A la sortie de ce passage souterrain, quel bonheur de découvrir une descente de 10 kms qui me fait avancer sans le moindre effort sous le feuillage de la forêt.

Le reste des 25 kms jusqu’à Mâcon passe à une vitesse incroyable et à la pause repas du midi j’ai abattu 45 km dans la matinée!

Après un moment de répit un peu plus long que ces derniers jours, car je décide de profiter du soleil, je repars et m’aperçois vite qu’il n’y a encore une fois pas de vélo-route et je décide donc de prendre des portions alternant entre nationale et départementale sur plusieurs dizaines de kilomètres. Malgré la circulation et un gros orage rafraîchissant, en fin de journée j’ai passé Trévoux et parcouru 91 kms et je ne suis donc plus qu’à quelques kilomètres de Lyon quand mon paternel me rejoint. On ressent déjà le bourdonnement de l’agglomération Lyonnaise avec une circulation beaucoup plus dense et nous passons la nuit sur un parking Blablacar sous une pluie battante.

Jour 5 : Grosses Frayeurs et belles rencontres

Un revêtement trempé mais un ciel radieux pour le départ de cette nouvelle journée.
Ce matin je suis un peu stressé car je n’ai pas vraiment d’itinéraire sécuritaire précis pour l’entrée dans Lyon, mais je suis aussi heureux, comme ces fois où l’on revoit une vieille amie que l’on n’a pas vue depuis longtemps ! Mon père quant à lui repart chez lui et je reprends donc mon sac que j’avais oublié être aussi lourd.
Je démarre en roulant sur le trottoir, car trop de passage sur la route, mais le moment tant redouté arrive vite. Le trottoir s’arrête et je me retrouve sur la route au milieu de la circulation très dense ce matin-là. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le rétroviseur d’une camionnette heurte mon sac et me fasse perdre l’équilibre pour m’envoyer dans le bas côté, heureusement, avec ma planche. Je décide de retenter le coup mais après deux autres coups de rétroviseur je préfère rebrousser chemin.

Après avoir cherché un itinéraire bis pendant un moment je décide à regret de prendre les transports pour la traversée de Lyon et donc faire un bond en avant de quelques kilomètres jusqu’à la sortie de la ville.

C’est ainsi que je me retrouve à chercher la Via Rhôna qui allait être mon chemin jusqu’à la frontière ardéchoise.

Après quelques kilomètres compliqués, je tombe enfin sur la langue de goudron qui longe le Rhône à la sortie de Givors.

Un rapide arrêt pour acheter le repas du midi dans une boulangerie et c’est en compagnie d’un vététiste que je fais une vingtaine de kilomètres avant de m’arrêter manger.

L’après repas est ponctué de rencontres de curieux, la planche comme moyen de locomotion étant une curiosité pour beaucoup, et de passages dans des villages entourés de vignes absolument somptueux.

Un magnifique coucher de soleil drape le voile de la nuit sur cette journée bien remplie.

Jour 6 : La fin du périple

Ce matin les premières réelles douleurs articulaires se font un peu sentir, mais après un petit déjeuner sur le pouce et quelques poussées en avant le mal s’estompe vite, sûrement un manque de lubrification dans les rouages du corps.

Tout va ensuite s’enchaîner très vite. Après une vingtaine de kilomètres sur un revêtement graveleux, mais roulant tout de même, je me retrouve nez-à-nez, au milieu de nulle part, dans la forêt, avec un panneau jaune portant l’inscription “Fin d’itinéraire provisoire”.
Comment est- ce possible? J’avais fais et refais le trajet plusieurs fois sur plusieurs site, et il y avait bien, en tout cas virtuellement, une route normalement ici.

Tout ce qu’il y a ce sont des feuilles, des branches et des buissons de ronces et aucune indication d’itinéraire bis…

J’entends le vrombissement des voitures un peu au-dessus de moi et je me retrouve sur une route assez fréquentée. Je me mets donc en chemin en alternant longboard et marche forcée due à la circulation et à l’absence de bas-côté.
Depuis le début de mon voyage, j’ai fixé sur mon sac une feuille plastifié portant l’inscription “Besançon -> Aubenas” pour donner un résumé du pourquoi je roule en longboard avec un sac si gros. Et c’est ainsi qu’un jeune homme d’une vingtaine d’année, s’arrête à côté de moi en voiture pour me demander où je vais et surtout m’expliquer qu’à partir d’ici et jusqu’au Pouzin, ma première ville étape en ardèche, il n’y a pas de vélo route et qu’un samedi d’arrivée de vacanciers, c’est beaucoup trop dangereux pour moi de rouler sur la nationale. Il me propose donc de me déposer au Pouzin.

Après un long moment à cogiter, car pour moi c’est abandonner la difficultée au profit de la facilité et bâcler un projet depuis longtemps préparé, je finis par accepter car le passage avant Lyon m’a servi de leçon. Je fais donc un bond en avant de plusieurs kilomètres jusqu’à la frontière ardéchoise.

Arrivé au Pouzin j’attaque l’ascension jusqu’à Privas 14 km plus loin, encore une fois en alternant poussées en board et foulées à pied.

C’est une chenille de voitures qui n’a pas de fin, qui me frôle pendant environ 8 km, jusqu’à mon arrivée à un des nombreux villages présents dans la côte qui mène à Privas.

C’est à ce moment que j’aperçois au loin un groupe de personnes qui me fait signe à côté d’une voiture. J’arrive rapidement à eux quand ils me demandent si je suis fou, de marcher à pied sur cette route si fréquentée et si je ne veux pas qu’ils m’emmènent à Aubenas.

J’accepte donc de monter avec eux au moins pour le passage le plus compliqué et arrivé au dessus du col qui descend à Aubenas je décide de finir les derniers kilomètres en planche.

C’est donc par un long abaissement du terrain que j’arrive à Aubenas fatigué mais soulagé.
La première chose que je fais en arrivant est de savourer une pinte de bière bien fraîche en terrasse, comme pour conclure ce voyage là où l’idée avait germé : devant un verre de bière. Il me reste 14 kms à faire pour arriver chez mon amie qui doit me loger quelques jours. Je repars donc assez rapidement pour boucler ces derniers kilomètres et en même temps mon voyage. Une fin de parcours sur un goudron des plus lisses avec un bas-côté bien large et voila la dernière poussée qui me propulse à la réalisation d’un objectif depuis longtemps rêvé.

Une fois mon sac posé et mes esprits retrouvés, l’heure du bilan arrive. Ce qui m’a le plus frappé, c’est le manque évident d’entretien et de moyens mis en oeuvre au niveau des revêtements, pour les pratiques non motorisées. Des autoroutes impeccablement lisses mais des vélo-routes laissées à l’abandon dans plusieurs régions. La prise de conscience que l’énergie physique est peut-être plus saine que l’énergie pétrolière à encore du mal à faire son chemin dans nos moeurs bien ancrés.
Je suis un peu déçu d’avoir été contraint de prendre quelques moyens de locomotion motorisés, peut être par manque de préparation au niveau de l’itinéraire et sûrement par manque d’expérience, mais je suis fier d’avoir tout de même abattu 445 kms uniquement en longboard et à pied, et d’avoir prouvé que, oui je suis capable de me surpasser quand j’ai un objectif précis qui me tient à coeur.