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Tour des Annapurnas de David – Népal 2017

By | Non classifié(e)

27 mars 2017 – 12h09

Je viens de décoller de Marseille il y a quelques minutes et je m’envole pour le Népal pour faire le tour des Annapurnas en trekking, solo, au total 200 km de marche avec une ascension à 5400 mètres d’altitude et je n’ai jamais fais de trek… Je suis un peu perdu et je ne veux pas mettre une étiquette sur ce que je ressens mais une émotion ressort, c’est celle de la tristesse et je ne comprend pas pourquoi. Mes genoux me font peur, une chute en snowboard l’hiver dernier m’a valu un ligament presque déchiré. Malgré des séances chez le kiné, je ressens toujours une douleur donc il faut que je les calme afin qu’ils puissent m’accompagner tout au long.

Une belle claque et une première sortie de zone de confort à l’arrivée à Katmandou. Une horde de népalais me regardent et me demandent où je vais alors que même moi je ne le sais pas, je me sens mal. Je monte dans le premier taxi venu direction le centre ville et, là, j’hallucine. Je n’avais jamais vu ça de mes yeux. Le bordel, le vrai. Les routes à moitié construites, le klaxon et les policiers remplacent les feux rouges, des gens qui crient, des sdf qui ressemblent plus à des blessés de guerre, des travaux de partout, aucunes règles…
J’arrive à mon AirBnB déboussolé et crevé.
Pas une minute à perdre, je ne me sens pas bien dans cette ville donc je dois partir demain pour le début de mon trek. Je m’empresse de prendre un taxi qui n’a ni ceintures, ni compteur et le sol qui bouge pour aller faire mon permis de trekking, acheter une carte des Annapurnas et quelques vivres. Je me couche à 20h exténué.

Réveil à 6h pour prendre mon bus, il a plu et ce n’était pas une bonne idée d’étendre mes affaires dehors… Moi qui voulait commencer mon trek avec que des vêtements propres, je me retrouve à étendre mon caleçon et mon t-shirt dans le bus afin qu’ils sèchent. Direction Besisahar. 7h pour 150 km avec un gars qui vend des sacs plastiques, je ne comprenais pas pourquoi au début puis au bout de quelques heures j’ai compris… Normalité pour un trajet en bus au Népal = la gerbe.

Arrivé à Besisahar, il pleut, il fait froid et on nous dit que le début du trek emprunte la même route que celle des jeeps. Je fais la rencontre de Max et Anaïs, des français avec qui je vais faire le début de mon trek, encore un peu de mal à sortir complètement de ma zone de confort donc je me dis que je vais commencer avec eux.
On décide donc de sauter cette étape et de prendre une jeep. Arrivé à Jagat, heureux mais plein de bleues (à cause des secousses) on prend une chambre à 3 pour 450 roupies donc 4€ environ la nuit.

Jour 1: Jagat – Bagarshhap – 7h30 – 18 km – 857m dénivelé

Je suis dans une immensité si belle. Les montagnes m’entourrent, il y a plein de cascades, c’est tout vert et je vois des Bouddhas partout. En traversant les villages et en croisant les gens qui y vivent, je me rend compte à quel point ils sont beaux, leurs traits sont tirés mais leur sourire sont si sincère.
Leur visage ne mente pas, il sont là et en accord avec eux même.

Au déjeuner, on prend un “Dhal Bat”, la spécialité du pays qui n’a rien de spécial: riz, patates, légumes et épices. Mais tout est fait maison et pour 450 roupies (environ 4€) on ne dit pas non!
Après 7h30 de marche, on s’arrête épuisés dans le village de Bagarshap. On trouve une chambre pour 100 roupies par personne (même pas 1€) et on craque en s’achetant une bière à 350 roupies… Ca sera la dernière pendant un long moment.

On joue aux cartes puis ils commencent à fumer un joint, puis deux. Je ne suis surtout pas venu ici pour retrouver la même pollution que chez moi, je pense sérieusement à continuer la route seul.

A chaque fois que je croise une personne, je dis bonjour, “Namasté”, et j’ai l’impression de faire une bonne action en le disant, comme si pour moi c’était un mot sacré. Ca l’est pour les népalais mais le “Bonjour” en France ne l’est pas pour nous… Et ça m’a fait penser au jour où j’ai quitté mon village natale, la bas je disais bonjour à tous les gens que je croisais et ils me répondaient. Normal c’était un village de 3000 personnes, j’étais gosse et tout le monde se connaissaient. Mais quand je suis arrivé en ville et que je disais bonjour aux gens dans la rue, personne ne me répondait et je trouvais ça bizarre. Ensuite j’ai compris qu’en ville on ne pouvait pas dire bonjour à tout le monde nous sommes tellement nombreux, j’ai compris qu’en ville l’humanité se perdait…

Jour 2: Bagarshap – Chame – 5h – 13,5 km – 647m dénivelé

Grand étonnement à mon réveil, pas de courbatures! On part du village le paysage n’est pas le même, les montagnes sont de plus en plus grandes et impressionnantes. C’est tellement beau qu’on se pose dans un champ pour regarder et admirer. On décide de s’arrêter vers 16h à Chamé, cramé!
On rejoint une guest house génial un peu excentrée où le père de famille nous accueille chaleureusement avec ses enfants qui nous sautent dessus avec de grands sourires. Après avoir posé nos affaires, on se rend aux sources d’eau chaude du village qui n’est pas moins qu’un bassin cimenté où tous les habitants lavent leur linge…
On se pose, on parle, ils fument un joint et je vais me coucher tôt. Ca sera ma dernière soirée avec eux demain je pars seul, j’en ai envie!

Jour 3: Chame – Upper Pisang – 5h – 13,8 km – 619m dénivelé

Je me lève à 5h30, le sourire aux lèvres à l’idée de partir seul et je pars du village qui se réveille à peine.
La route est fabuleuse, j’en prend plein la gueule et je m’arrête toutes les minutes pour contempler le paysage, j’attaque une grosse montée avant d’atterrir sur un cirque à couper le souffle. Je m’arrête et je pleure. Saisi par cette grandeur si calme, si belle, si pure…
Le paysage change à chaque fois que j’avance et c’est magnifique. Je croise des Yaks marchant paisiblement sur la route, des vieillards portant des paniers de bois qui doivent faire le poids de 3 Yaks morts, des enfants courir et jouer avec rien. Et puis surtout ce que j’entends c’est ce silence apaisant…

J’entends le silence ! Je me sens tellement bien !

Les enfants ici sont tellement si libres et sans barrières par rapport au monde occidental, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, aller où ça leur chante et personne ne leur fera du mal donc personne n’est inquiet pour ses enfants. Les parents ne sont pas inquiets donc ils ne transmettent pas leurs peurs à leurs enfants. Ceux-ci apprennent donc à grandir sans la transmission de la peur des parents mais en créant les leurs. Rien que ça, je me dit qu’ils sont déjà beaucoup plus évolués que nous…

A peine à 5 heures de marche je m’arrête, non pas parce que je suis fatigué mais parce qu’en face de moi se dresse un monstre de glace.

“Do you see the human face on the mountain ?”

Evija, lituanienne, se tient posée à côté de moi.
Ce que je vois (et ce qu’elle me dit) c’est l’Annapurna II qui culmine à 7937 mètres d’altitude et c’est la première fois que je vois une montagne aussi grande. Devant ses explications et ce spectacle saisissant, je décide de rester ici pour la nuit.
A 16h on se rend au monastère et je m’assois au milieu en fermant les yeux, si paisible, c’est un autre monde. On passe la soirée ensemble et on parle avec un guide qui nous aiguille un peu sur le Tilicho Lake, un des lacs le plus haut du monde à 4900m d’altitude que je veux faire mais qui rajoute 2 jours de marche.
Me voilà maintenant seul dans ma chambre avec ma frontale, demain levé 6h direction Manang!

Jour 4: Upper Pisang – Manang – 9h – 27 km – 433m dénivelé

Je me réveille frigorifié, c’est la première nuit où je suis réveillé par le froid et ça n’est pas trop agréable. Mais j’ouvre mes rideaux et j’ai une vue magnifique sur cette montagne de 7937 mètres, splendide !

Sur le chemin, ma douleur au genou s’accentue et forcément le fait de penser à ça me fait encore plus mal. Arrivé à Manang après 9h de marche, je m’écroule à l’entrée du village… Je crois qu’il m’a laché mais je me dit aussi que c’est parce que j’ai marché longtemps aujourd’hui. Je me trouve une petite cabane super sympa en face des montagnes et je m’effondre en pensant que demain sera mieux.

Jour 5: Manang – Acclimation

Une nuit dans un vrai lit avec une vraie couette, la première depuis mon arrivée, ça ne fait pas de mal! Mais je ressens toujours une terrible douleur.
Avec l’altitude je ne dors pas très bien et je me réveille à 7h encore un peu fatigué. Je prend mon petit dèj, je lave quelques affaires dehors et je pars chez le médecin pour mon genou.

Celui-ci est très enflé et il me dit qu’il faut que je m’arrête la, je ne peux pas continuer ainsi, je dois faire marche arrière et au pire me faire rapatrier jusqu’à la prochaine ville… Grosse claque. Je sors complètement abasourdi parce qu’il vient de me dire.
Ce n’est pas possible, je n’ai pas fait tout ça pour rester ici et repartir. Je suis à 3500m d’altitude au fin fond du Népal et mon voyage doit s’arrêter la ?

Je lève les yeux et je vois un Gompa bien en hauteur, ce sont des temples pour bouddhistes, quitte à être là autant monter la haut.
La route s’avère extrêmement raide avec 400m de dénivelé pour 1h30 de marche, j’arrive en haut à bout de souffle et exténué mais une vue sublime s’offre devant moi. Je m’assoie contemplant la vue avec le soleil qui me chauffe le corps et comme seul son le bruit du vent et de l’eau qui coule. Assis sur la terre, je m’aperçois alors que je suis en parfaite osmose avec les 4 éléments et qu’il n’y a que moi, eux et rien d’autre, nous formons un tout: la terre, l’air, l’ouïe et l’odorat. C’est comme si le fait d’être en haut de cette montagne me permettait d’extérioriser ces 4 éléments qui sont au final dans moi et dans nous tous, c’était magnifique.

Au bout de quelque temps, une vieille dame vient me voir et me fait signe de rentrer. Je pénètre dans une petite pièce assez sombre et cloisonnée avec des photos du dalaï-lama, de pleins d’inconnus et des statuts de Bouddha de partout et une forte odeur d’encens. Ne parlant pas anglais, elle me fait asseoir et je lui montre mon genou avec des signes. Elle enlève son bonnet et c’est à ce moment la que je comprend que c’est un lama car elle a les cheveux rasés. Elle me récite des vers népalais en m’attachant une ficelle autour du cou puis nous restons un certain moment (minutes, heures, je n’en sais rien!) à être l’un en face de l’autre sans rien dire.

A la fin, on essaye de communiquer un peu et me fait comprendre que son père était lama et qu’il est mort à 105 ans et que depuis elle vivait dans ce Gompa. Celui-ci qui se situe à 2h de marche du premier village qui lui même se situe à 4 jours de marche de la première ville népalaise. Cette femme vit donc là haut toute seule en face des Annapurnas à prier toute la journée… Fou!

Je sors de chez elle et de part ce que je viens de vivre et devant cette beauté absolue, je me met à pleurer. Pleurer pour ce que je viens de vivre qui ne s’explique pas, pour ce que je vois qui ne s’explique pas et pour la vie qui ne s’explique pas non plus mais qui se vit.

“Sois prudent mais part serein.”

Je prends la route du retour encore sous le choc et émerveillé par ce que je viens de vivre mais en oubliant complètement mon genou. Sur la descente, une douleur tellement forte me fait tomber en déroulant quelques mètres par terre et là, un anglais me voit et me porte jusqu’au village (bless him!). Je mange un bout et je vais tant bien que mal à la formation sur la maladie des montagnes qui est fortement conseillée si on veut passer le col, elle nous explique que plus de 70% des personnes ont cette maladie et qu’il faut faire très attention à ça.
Je n’y prête pas vraiment attention car pour moi le trek s’arrête ici, je peine à faire 50 mètres.
Je rentre dans ma lodge, extinction des feux à 19h.

Jour 6: Manang – Tilicho Base Camp – 8h – 1000m dénivelé

7h30, je me lève et la plus de douleur, rien…
Je sors tout de suite de mon cabanon et me met à marcher vite, je m’arrête, je cours, je saute, rien mais plus rien du tout!! Incroyable, je n’en crois pas mes yeux… Je savais qu’en allant en haut de ce Gompa je voulais trouver quelque chose mais sans vraiment avoir d’attentes… Je suis sous le choc et je me dis que je n’ai pas fait ça pour rien, magie!
Il y a encore des médecines basées sur les énergies qui ne s’expliquent pas…

Je pars pour le Tilicho Lake, il fait beau, le paysage est magnifique, j’aime être seul, libre, je respire! La route est longue et dur avec une partie en “landslide” (pierrier), j’ai en face de moi un tout petit chemin rempli de cailloux qui tombent sans cesse et une pente de plusieurs dizaines de mètres. Le sherpa à qui j’avais parlé à Upper Pisang m’avait dit que c’était la route la plus dangereuse du trek et qu’il y avait beaucoup de morts, rassurant! Je vois tout de même des Yaks traverser donc je me dis que si les Yaks le peuvent, je le peut!
J’arrive au Base Camp vers 17h30, il fait assez froid et je suis crevé. Je tombe sur la dernière lodge où une fille me demande d’où je viens. Elle me propose de rentrer et de prendre une chambre ici, il commence à faire nuit, je suis claqué, j’ai faim donc je n’hésite pas.
A l’intérieur je fais la rencontre d’un groupe qui vont devenir des amis pendant quelques jours. Tous de nationalités différentes: Naomi, d’Allemagne, Chame du Sri Lanka, Zelda de Suisse, Fabio du Brésil, Caroline du Canada et Paul de France.
Je passe la soirée avec eux, c’est super sympa et on prévoit tous ensemble de faire le Tilicho Lake demain matin. Et comme si c’était naturel on finit par regarder Madagascar à 6 sur un téléphone dans une chambre avoisinant les -10 degrés, souvenir assez marquant!

Jour 7: Tilicho Base Camp – Siri Kharka – 7h30 – Dénivelé ?

Levé à 5h30, frigorifié…
La chambre et le lit sont vraiment rudimentaires et mon pauvre petit duvet avec une couverture ne suffisent pas pour une nuit à 4500m dans une chambre de pierre non chauffée, je me réveille toutes les heures et la douche le matin dans un petit cabanon dehors sans eau chaude ne me donne pas bien envie!

Départ pour le Tilicho à 6h30. 2h30 de marche et 700m de dénivelés, ça fait mal!
On arrive donc tout en haut, un peu déçu, il a neigé il y a quelques jours et le lac est entièrement recouvert de neige, il fait encore trop froid à cette époque. Par contre le paysage est sublime et le fait de se dire qu’on est sur le lac le plus grand et le plus haut du monde procure une sensation assez agréable.

On reste un moment puis on repart pour une descente interminable, peut être que le fait d’être arrivé la haut nous a libéré et que notre corps ne s’attendait pas encore à un effort aussi physique. A l’arrivée, claqué, on mange un bout et nous repartons pour Siri Kharka sur la route du col du Thorong.
J’aime bien l’énergie qui émane du groupe, je me sens bien avec tout le monde et c’est assez rare. J’aime être seul mais j’aime aussi me savoir entouré et pouvoir me détacher parfois de cet entourage pour me retrouver et ensuite revenir sur le cocon. Je ne fais pas ce trek seul mais avec les gens que je rencontre en gardant ma vision initiale.

Ma vision change avec le temps et les rencontres.

On arrive assez tôt à l’hôtel vers 15h mais mort, on pose nos affaires et on joue aux cartes en buvant un thé. On mange vers 18h et je me force pour ne pas recommander un truc à manger après ma soupe.

Jour 8: Siri Kharka – Ledar – 5h30

Nous prenons la route vers 9h, c’est un chemin en dent de scie comme toujours… Donc on tu voit un panneau marqué 300m de distance, on peut avoir 700m de dénivelé en montée et descente. Bref les 300m on les fait en 3h!
Du coup on met 5h30 pour faire pas grand chose mais à cause de l’altitude, nous sommes obligé de respecter les paliers et de s’arrêter (500m de dénivelés max autorisés au delà de 3000m d’altitude).
On s’arrête donc à Ledar pour passer la nuit, il est 15h… Il fait tellement froid… Les chambres ne sont bien sûr pas chauffées et en pierre, la douche est une bassine d’eau froide (que je ne prend pas) et les prix sont exorbitants (pour le Népal).

Ca y est on y est! La zone de confort n’est définitivement plus la!

On boit un thé, puis une soupe chaude et dodo dans une chambre plus rudimentaire que jamais. La technique de l’enroulage marche plutôt bien, j’explique: prendre la couverture du lit (si il y a) se l’enrouler autour de soi puis enfiler son duvet, comme la technique des 3 couches, apport de chaleur avec la couverture et isolation et respirabilité avec le duvet.

Jour 9: Ledar – Thorong Phedi – 4h30 – 300m dénivelé

Je me réveille encore une fois plus tôt et frigorifié, la technique du duvet ne marche pas tellement bien. Depuis quelques nuits que je dors en altitude, je me réveille plusieurs fois dans la nuit et c’est dur de se rendormir à chaque fois à cause du froid. La fatigue s’accumule, je le ressens.

On prend la route après le petit dej et la montée se fait assez difficilement. Passés par les différents landslides, on arrive à Thorong Phedi vers 11h30 et il commence à neiger, trop cool! C’est la seule lodge à cette altitude (rappel: 4525m) et même si ça nous fait une plus grosse journée demain pour franchir le col (car une dernière lodge est à 4900m) on se dit qu’on dormira mieux moins haut et que ça nous rajoute seulement 45min de marche.

On finit de manger puis on découvre nos chambres… La pire que j’ai eu depuis le début je pense, une petite pièce glauque toute en pierre noirci avec avec un sommier en bois et un matelas de l’épaisseur d’un cahier et bien sur sans chauffage, ça va nous sommes juste à 4500m d’altitude…
En allant se coucher avec Paul on se dit que ce n’est pas possible de dormir comme ça, il doit faire -10° degrés et il neige dans la chambre. On décide de prendre donc nos “matelas” et d’aller dormir avec les filles, mutualiser nos chaleurs corporelles pour avoir chaud (rien de sexuel!).

Les couvertures sont d’une odeur à faire renaître Staline, impossible de dormir avec. On se cale comme on peut à 4 dans un lit à 2 et on se sert des autres matelas pour les mettre contre les murs et faire isolation et on regarde “Le Silence des Agneaux” toujours sur un téléphone, le contexte est parfait!
On s’endort comme on peut mais je n’y arrive pas, il fait tellement froid.

Jour 10: Thorung Phedi – Muktinath – 11h – 2575m de dénivelé (875 + et 1700 -)

On se réveille à 4h30 enfin réveillé… Je ne dors plus depuis un moment à cause du froid et de l’altitude. J’ai tellement froid. J’ai du dormir peut être 2 heures et je pense que je peux le dire, c’était probablement l’une des pires nuit de ma vie.
On sort de la chambre il fait encore nuit mais on voit les étoiles, bon signe! Un ciel étoilé comme j’ai rarement vu, c’est juste fou, il y en a de partout c’est une merveille.
On prend le petit dej et on voit que certains groupes partent donc on décide d’y aller aussi. Je m’habille avec tout ce que j’ai emporté, l’ultime combo, si avec ça j’ai froid je suis foutu! Une première peau, un t-shirt technique à manches longues, une polaire, une veste en gore-tex, des gants, un cache-cou, un bonnet, une frontale et la petite touche “in”: un sac plastique sur mes pieds dans mes chaussures afin que je ne sois pas trempé en 2 secondes en marchant dans la neige (car il doit bien y avoir 30 cm), technique qui va s’avérer être TRÈS utile!

On part à 5h30 équipés comme des loups. Le jour commence à se lever et on assiste à un lever de soleil magnifique sur les Annapurnas, pas un nuage à l’horizon et de la neige partout autour de nous, AU TOP!!
A peine sorti de la lodge, la montée est bien rude et il fait très (très) froid, on doit avoisinner les -15 degrés et avec l’altitude j’ai beaucoup de mal avec mon souffle. A chaque fois que je fais un pas j’ai l’impression d’avoir fumé 10 cigarettes. Mon combo marche plutôt bien à part un petit détail… Les mains! J’ai des gants trop légers et je ne les sens plus. On s’arrête au High Camp à 4900m pour se réchauffer en buvant un thé à l’intérieur car on est tous frigorifiés.
L’ascension est longue et difficile, je vois des gens vomir sur la route, d’autres qui n’en peuvent plus et j’entends l’hélico passer régulièrement au dessus de moi. Le paysage est à couper le souffle, des montagnes enneigées de partout avec un ciel si bleu…

Je ne ressens aucun mal et je monte un peu plus vite que les autres donc je les attends avec Fabio et à 11h30 après une interminable montée, nous y voilà…

Le col le plus haut du monde à 5416m d’altitude!!!
Un sentiment de libération et de fierté se dégage en moi surtout après l’expérience de mon genou, de 4 longues journées passées en altitude à très peu dormir et à marcher longtemps.

La vue est magnifique et le fait de l’avoir fait en groupe procure un sentiment encore plus fort: on l’a fait ensemble, on est soudés!
A mon grand étonnement je n’ai rien, pas de mal de crâne, pas de courbatures et pas mal au genou et je me sens plutôt bien.

On entame la descente qui va en fait s’avérer être la partie la plus difficile de la journée…

Ce qu’on n’avait pas pensé c’est qu’avec la neige nous avançons deux fois moins vite, nous sommes donc arrivés assez tard en haut du col et la neige commence à fondre. La descente va s’avérer être encore pire que la montée avec la fatigue accumulée et ça glisse…
Il est 11h45, nous ne seront pas en bas avant 17h et bien sur sans lodge et restaurant sur la route.
Tout le monde commence à être fatigué et nous n’avons pas mangé depuis 6h du matin pensant qu’on pourrait se restaurer à midi sur la route mais rien du tout, on est en haute montagne. On descend tant bien que mal et on s’arrête un moment pour attendre les autres du groupe, ça fait déjà 2 heures qu’on descend, je demande à un sherpa pour combien de temps on en a et il nous dit qu’il faut encore compter 2h30 jusqu’au prochain resto et 3h30 jusqu’à Muktinath! On est dépités…
Quand j’annonce la nouvelle aux autres, Paul se met à crier de colère et Clara se met à pleurer, génial. Ils sont à bout et je les comprends. Clara nous dit qu’elle ne peut plus continuer, elle n’arrête pas de tomber et a trop mal à la tête.
Je puise alors dans l’énergie qu’il me reste et je prends le sac de Clara sur le devant, avec mes bâtons pour me stabiliser ça devrait le faire, c’est lourd mais ça passe et au moins tout le monde continue. Je fais 1h30 de descente comme ça dans la neige et le froid.

On continue la route sous la neige et le vent et quand on croit arriver dans la ville, on se retrouve dans un énorme temple (à savoir que Muktinath est un lieu saint très connu au Népal).

On le traverse et on voit des gens se baigner dans une piscine dite “sainte” alors qu’il neige et qu’il fait tellement froid, la situation est assez incongrue.

On arrive enfin au village et on prend le premier hôtel venu, grande chambre pour deux, douche chaude et grosse couette, bref le grand luxe!

Après des jours de “galères confortables”, ça fait plaisir de retrouver un certain confort.
Même si je pense que nous sommes habitués à un confort trop extrême, voir inutile en France, il y a un minimum. Dans chacun de mes voyages je me suis dit que le confort était plus une habitude qu’une façon de vivre et qu’on s’adapte mais quand on vit dans des températures en dessous de 0° degrés, le confort devient un besoin, pas une envie. Tu peux vivre à poil à Hawaï toute l’année mais essayes de faire la même au Groënland.
Après la douche on se prend une bière avec un burger au poulet, une délectation sans nom. Voilà comment apprécier vraiment les choses, s’en priver pendant un moment! Les autres finissent par nous rejoindre et on va se coucher, fier de nous après cette longue journée. Quel sentiment agréable qui me pénètre, je me sens bien.

Jour 11: Muktinath – Muktinath !

En essayant de faire une grasse mat, je me lève vers 6h30, même si on est sacrément descendu, on reste tout de même à 3700m d’altitude et je me réveille toujours plusieurs fois dans la nuit.
Après le petit dèj je décide d’aller au temple, ce que je trouve beau c’est que deux religions sont mélangées ici: les hindous et les bouddhistes. Ils ne vénèrent pas le même dieu mais les mêmes divinités sous des interprétations différentes mais ils se réunissent ensemble. J’arrive au temple et je vois les piscines de la veille où beaucoup de gens se baignent avec un certain plaisir, ils passent ensuite dans une sorte d’enclos où il y a 108 douches et un lieu pour donner leurs offrandes. Je rencontre un homme, professeur à Katmandou, qui m’expliques que les deux piscines ont été construites à la base pour un film indien et que depuis elles sont restées et qu’elles sont considérées comme sacrées!

Cette religion est complètement extravertie: ils crient, ils courent de partout en chantant, en rigolant… On est loin des messes en France du dimanche matin…
Nous, occidentaux, qui sommes habitués à tellement de cadres, surtout ne pas “déranger” pour “respecter” l’autre ici c’est le contraire, il faut crier, s’exprimer comme on veut mais il n’y a pas de jugement. Je ne comprends pas ce qu’ils disent mais j’ai vraiment l’impression qu’ils sont dans un échange et ont une empathie folle envers l’autre alors qu’ils ne s’en rendent pas compte. Je les sens vivant!
Cham, qui est avec moi, me met un rond rouge au milieu du front et me dit que c’est mon troisième oeil, je le comprendrais plus tard dans la journée.

De retour à l’hôtel, je demande aux autres ce qu’ils veulent faire et ils ne sont apparemment pas bien chaud pour marcher aujourd’hui. Décidé à continuer, je vais prendre la route seul direction Kagbeni, un charmant petit village à 4h de marche et en passant par la High Road, un chemin sans jeep ou bus. Je fais donc mes au revoirs à tout le monde avec quand même une petite boule au ventre mais en se disant qu’on se reverra à Pokhara, à la fin du trek, pour le nouvel an (car le nouvel an indien est le 13 avril).
Je prends la route et je n’arrête pas de penser à eux… Le paysage des plaines du Mustang est magnifique avec une vue sur les Annapurnas. C’est très aride avec en fond des monstres de glaces. Par contre j’entame une montée bien plus que sévère et je ne vois personne sur le chemin à part quelques brebis sur la route et je suis seul de chez seul. Je continue en me demandant quand même si c’est la bonne route que j’ai prise mais vu la carte c’est ça. Au bout de 2h de marche exténuantes j’arrive sur un col avec rien… Un vent de fou me gèle et je ne sais pas où aller, il y a juste un drapeau avec l’inscription “Congrats” dessus. Je redescends un peu pour avoir moins froid et devant le spectacle du Mustang et le village de Muktinath qui s’offre à moi, je me rends compte d’une chose…

C’est sur la route en regardant ces montagnes si belles et les gens qui étaient avec moi que je me rend compte que je suis un être social.
Je suis parti au Népal dans le but de faire un trekking seul et me retrouver avec moi-même car je n’allais pas très bien et j’avais besoin de faire un point. Sans avoir d’attentes dans ce voyage, je me suis simplement dit qu’en étant simplement loin de toute société de consommation et de mon quotidien cela m’aiderait et c’est le cas. Mais en fait je ne suis pas seul, je ne le suis jamais. Je suis parti au Népal pour faire le tour des Annapurnas seul et me retrouver avec moi-même, au début de mon voyage j’ai voulu fuir les gens que je rencontrais en me disant qu’il fallait à tout prix que je sois seul et puis j’ai fait la connaissance de ce groupe avec une si belle énergie que je ne me suis même pas posé la question de partir ou pas, j’étais bien avec eux. Et quand on se sent bien avec des gens, on n’a pas envie d’être seul à tout prix. Et là, le fait de rester une journée dans le même village, je me suis dit qu’il fallait que je parte, que je continue seul comme j’avais prévu. Mais je me trompais…
J’aime être seul certes, mais ce dont je me suis rendu compte tout en haut de cette montagne c’est que je suis avant tout un être social et comme le dit si bien l’expression “le bonheur ne peut être vrai que s’il n’est partagé”.

Comme libéré d’un poid et me sentant terriblement bien j’ai su à ce moment là que seul le partage ne compte et la seule chose que je veux, là, c’est être avec eux.
La montagne, le vent, le troisième oeil que Cham m’a fait, je ne sais pas mais je me sens bien et heureux à l’idée de rejoindre les autres, je prends la bonne route.
Je descends à fond de ma montagne direction Muktinath! Comme ça faisait 3 heures que je montais comme un Yak aveugle, il m’a fallu 1h30 pour redescendre c’est bon j’ai fait ma marche de la journée.
De retour à l’hôtel, je tombe sur Caro, Fabio et Cham entrain de parler à des américains, ils m’accueillent avec des grands sourires et des cries de joie en se demandant pourquoi j’étais revenu. Je leur raconte ce que j’avais vécu en haut de cette montagne et ils me disent que j’ai fait le bon choix et qu’ils sont content de me voir revenir, je le suis encore plus.
A ce moment là, Cham me tend une bague en me disant que c’est une pierre qui symbolise un gros changement dans ma vie et qu’elle porte chance. Je la prend, ému, en la mettant dans ma poche car forcément elle ne rentre sur aucun de mes gros doigts. On prend des bières en se racontant des anecdotes, Paul revient du temple et comme les autres il est étonné mais content de me revoir, on reste un moment tous les deux sur la terrasse devant un coucher de soleil magnifique sur le village puis on descend manger.

Plus tu apprends à connaître les gens, plus tu découvres leur sensibilité et leur beauté et c’est assez intéressant à analyser. Et ça, tout le monde en a une grande, plus ou moins enfouie pour certaines personnes.

Jour 12: Muktinath – Kagbeni – Jomsom – 4h – 886m de dénivelé négatif

Ce matin on prend notre temps et on part vers 10 heures avec une addition à plus de 30 000 roupies à 8 ! (soit près de 300€), on s’est fait plaisir… C’est la première nuit depuis le début de mon trek que je dors d’une seule traite et ça fait du bien.
Sorti de l’hôtel après avoir fait un homme riche, une musique traditionnelle se fait entendre dans les rues et on se met tous à chanter, il fait beau, pas un nuage dans les environs et les gamins courent de partout dans la rue en rigolant.
C’est un beau début de journée!
On commence la route vers Kagbeni et mon exploit d’hier conforte le groupe à prendre la route plutôt que le chemin, mauvaise idée!

On me l’avait dit mais la région du Mustang est très, très ventée! Le mistral fois 10. Il y a un vent à en faire décoller la partie capillaire, le bruit constant des jeeps qui passent juste à côté et beaucoup de poussières. Ca nous fatigue et la route n’est pas agréable, on arrive à Kagbeni vers 13h, épuisés. On mange puis on se dit qu’il vaut mieux prendre une jeep pour aller jusqu’à Jomsom, on ne prend vraiment pas plaisir à marcher comme ça. On demande le prix et ils nous annoncent entre 4000 et 8000 roupies!! Ok, on mangera de la poussière.
Le paysage du Mustang et ses grandes plaines désertiques sont magnifiques et ça n’a complètement rien à voir avec ce que j’ai pu voir avant. Malgré le vent qui me ronge littéralement, je ressens une sorte de béatitude devant ces grandes montagnes à la couleur d’un pelage d’animal.

Sur la route nous croisons une voiture de police et Paul s’empresse de les arrêter. Incroyable, ils nous font tous monter à l’arrière de leur sorte de jeep et ce jusqu’à Jomsom, on est au top! Cri de victoire pour tout le monde, on profite tranquillement du paysage assis à l’arrière d’une voiture de police népalaise.
On arrive à Jomsom vers 16h on remercie mille fois les policiers qui n’en demandait pas tant puis on se dirige vers le plus grand village que j’ai vu depuis le début de mon trek. Il y a des boulangeries, pleins de restos, d’hôtels et un distributeur de billets! On tombe sur un hôtel super sympa bien que le propriétaire soit très (trop) bavard et incompréhensible. Le genre de mec qui est bilingue sauf sur l’accent où il a gardé la partie népalaise…

On prend une grande chambre tous ensemble et on va manger probablement le Dhal Bat le plus épicé jamais goûté, même les plus résistants sont touchés. Pour faire passer la sensation d’un alcool à 90° dans ma bouche, je goûte un “Lassi”, une sorte de milkshake fait à base de yaourt, c’est plutôt bon!
Bien que très sale, avec toute la poussière accumulée aujourd’hui, la plupart ne se douche pas, plus envie de prendre des douches glaciales. On s’endort tous ensemble dans la chambre comme des gosses dans une colo.

Jour 13: Jomsom – Tatopani – Sikkha – 4h30 – 881m de dénivelé positif

Réveillé à 6 heures du matin pour prendre le bus, il n’arrivera qu’à 7h40… Nepalese time!
On fait nos adieux à Fabio qui reste dans le village et les autres continuent jusqu’à Pokhara (9h de bus sportif…) tandis que moi je m’arrêterais à Tatopani (6h de bus tout de même) afin de finir le trek et d’aller à Poon Hill, une colline à 3200m d’altitude qui offre une vue superbe sur l’Annapurna Range que mon père m’a conseillé de faire.
On arrive à Tatopani vers 14h et je dis au revoir aux autres que je reverrais bientôt à Pokhara.
Tatopani est à 1200m d’altitude et je ne me doute pas encore la montée qu’il m’attend. Je traverse le village puis ça commence par des marches, des marches et encore des marches. Je n’aurais pas dû fumer pendant les pauses de bus…

En 10 minutes je suis en sueur et je n’en peux plus. J’arrive en haut de la colline, essoufflé, et la une petite fille me regarde en applaudissant, elle est trop belle et ça me met la motivation pour continuer.

Le paysage est vraiment beau encore une fois, changeant et très différent de ce que j’ai pu voir.

Tout est vert, je me croirais dans une grande jungle avec des magnifiques rizières qui surplombent les collines.

Malgré la chaleur qui m’arrase, chose dont je n’ai plus vraiment l’habitude, je prends tellement de plaisir à marcher seul en traversant de jolis petit villages et en parlant avec des locaux.

Après 4h30 de marches oui, « marches », car ils connaissent apparemment que ça dans la région, je commence à en avoir marre et mes jambes décident de s’arrêter dans le village de Sikkha à 1900m d’altitude.
Je viens de faire 700m de dénivelé qu’avec des marches, des putains de marches et c’était plutôt fatiguant surtout que dans ma tête je me suis dit que j’avais fait le plus difficile en passant le col du Thorung.

Je trouve une lodge super sympa avec une chambre et une salle de bain rien qu’à moi, le grand luxe! Assis sur le rooftop en buvant un verre d’eau pétillante, j’apprécie la vie. Un sentiment de plénitude me pénètre. J’entends les femmes parler, les enfants jouer et je sens le soleil entrer en moi comme une énergie si puissante. Les enfants qui jouent aux voitures ont l’air si heureux. Sauf que ce n’est pas des voitures mais des bouts de pierre et que le sol qui pourrait être de la moquette ou du lino pour nous étant enfant, sont au final de la terre et de la boue… Mais ils sont tellement bien.
Il y a aussi un homme qui crie dans toutes les rues du village, il à l’air d’être content mais je ne comprend pas trop pourquoi et ça n’a l’air de déranger personne.
Je m’endors fatigué mais plus que bien après avoir mangé seul en face de moi même et de ma journée.

Jour 14: Sikkha – Poon Hill – Uleri – 8h

Je me lève vers 6 heures en pleine forme, une grosse journée m’attend car j’ai 1000 mètres de dénivelé à faire jusqu’à Ghorepani puis un peu plus de 300 mètres pour monter jusqu’à Poon Hill. C’est par contre conseillé d’y aller au moment du lever du soleil car il n’y a pas la brume (très présente dans cette région) mais je suis encore trop loin de Poon Hill donc je verrais bien. Peut être que je dormirais à Ghorepani (en bas) pour faire l’ascension le lendemain.
Encore et toujours ces putains de marches sur la route et ça monte sévère, ils sont vraiment fous ces népalais! Quand je passe dans les villages, tous les habitants mettent la main à la patte pour nettoyer les rues, il balayent, enlèvent l’herbe qui dépasse, c’est le nouvel an demain donc il faut que ce soit nickel. C’est à ce moment là que je comprend que le mec d’hier qui criait dans les rues, le faisait pour le nouvel an car j’apprend qu’une personne est désignée dans chaque village pour “propager la bonne nouvelle”.

Je croise Jean-Pierre, un belge d’une soixantaine d’années qu’on avait rencontré auparavant à Ledar.
Jean-Pierre à 65 ans et il est intéressant, il est prof de français avec une belle vision de la vie. Il me dit que je suis un introverti, de part la définition que j’avais en tête je reste perplexe. Il m’explique qu’un introverti est quelqu’un qui a besoin de puiser son énergie quand il est seul, c’est comme ça qu’il se ressource. Alors qu’un extraverti c’est le contraire, il va puiser son énergie en étant avec les autres et n’aime pas être seul. Je suis clairement un introverti et je comprend d’autant mieux ce qu’il s’est passé en haut de la montagne à Muktinath.
J’arrive à Ghorepani vers midi, rincé. Je me pose à la terrasse d’un café et je réfléchis à ce que je veux faire après, ça m’embête de m’arrêter là et d’attendre demain matin pour faire Poon Hill. Il faut que je fasse un choix et je n’aime pas ça!

Depuis le début je n’ai fait suivre que le chemin…

Je rencontre un couple, une lituanienne et un népalais qui étaient présent à Katmandou lors du séisme de 2015 et ils me racontent froidement comment ils ont vu une famille mourir sous leurs yeux par un effondrement d’immeuble… Nous réagissons différemment aux événement mais faut-il punir ceux qui ne réagissent pas comme il “faudrait réagir” ? Ca me fait penser au bouquin d’Albert Camus – L’étranger.
Ils me disent aussi que ce matin à Poon Hill il y avait plus de 500 personnes et qu’on ne voyait pas grand chose. A quoi bon avoir une (probable) superbe vue si c’est pour être entouré de 500 connards ? Oui parce que là nous sommes dans la région des beaufs, le Cap d’Agde du Népal, une région où l’on peut faire des trek assez court de 3-4 jours en voyant des paysages très beau et en restant à basse altitude. Du coup on retrouve tous les gens qui se disent “c’est cool de faire un trek” mais qui en ont complètement rien à foutre juste qu’il se font chier dans leur vie. Ils prennent un sherpa pour leur sac de 80 litres avec 3 paires de chaussures et une tenue de soirée (on sait jamais) et vont marcher au milieu de la forêt népalaise pour 3 jours en tirant la gueule. Ok jugement.

Après une longue hésitation je décide à monter à Poon Hill. 350m de dénivelé en plein cagnard et avec un sac à dos plein, même pas peur!
J’arrive là haut et sans surprises, on ne voit effectivement rien du tout, un paysage brumeux se dresse devant moi.

Fuck Poon Hill!

J’apprendrais plus tard que le lendemain avec 600 personnes en haut c’était la même donc sans regrets. Je reste là haut quelques minutes histoire de me dire que je n’ai pas fait 50 minutes de marche pour rien puis je redescend.

Passé Ghorepani je continue ma route, même en descente les marches c’est chiant et pendant 3 heures ça ne va être que ça. Avec les cours d’eau, les petites cascades, les rizières et toute cette végétation je me sens comme dans une jungle et je croise de moins en moins de famille à la Black Card aigri.
Je commence à en avoir vraiment marre de marcher, il faut que je m’arrête car je me sens fatigué, la première lodge que je croiserais est pour moi, je m’arrête et je m’écroule. La lodge à l’air très rudimentaire et met de la musique (népalaise) à fond pour toute la vallée et un groupe de 8 espagnols ne sont pas là apparemment que pour faire un trek… Je mange probablement le meilleur Dhal Bat que j’ai connu puis je vais me coucher vers 20h sauf que ma chambre est assez mal isolée et très spartiate et les espagnols sont chaud, très chaud… Bref je dors mal.

Jour 15: Uleri – Nayapul – Pokhara – 5h

Réveil assez tôt vers 5 heures et heureusement. A 6 heures du matin la musique repart de plus belle, des chants népalais à en faire réveiller des morts mais ça n’a l’air de gêner personnes, incroyable.
Heureusement les espagnols dorment et je n’ai aucun envie de me sociabiliser avec eux. Je m’empresse de prendre mon petit dej et je prend la route.
Je pars vers 6 heures, le jour commence à se lever et les gens se réveillent petit à petit. Tout est encore silencieux sur la route, pure… J’adore le matin pour ça, une sorte de magie, une nature morte qui reprend vie petit à petit et où l’homme se réveille avec ses yeux d’enfant conscient qu’il appartient à cette terre qu’il l’a mis au monde.
J’entame ma dernière journée de trek, je suis excité à l’idée de revoir les autres ce soir à Pokhara et en même temps triste de quitter cette univers.

Nous sommes le jeudi 13 mai et voilà que je marche depuis 15 jours tous les jours, j’ai du faire environ 200 km à pied et je n’aurais jamais pensé faire ça à mon arrivée à Katmandou…

J’arrive à Nayapul et j’attends le bus pour Pokhara.
Ca y est, j’ai finis mon trek… Ca me fait tellement bizarre. J’ai croisé le panneau “You leave the Annapurnas Circuit. Thanks and good bye!”
Un sentiment de fierté me pénètre en me disant que j’ai fait le tour des Annapurnas mais aussi un sentiment de tristesse. Je n’ai pas envie de retourner en ville, je sens vraiment que c’est la nature qui nous correspond, pas la ville. J’attend le bus sous un soleil de plomb puis j’arrive à Pokhara dans l’après-midi. Je me rend dans le centre puis je vais dans un café pour avoir de la wifi et communiquer avec les autres.
Je rejoins Cham, Zelda, Caro, Paul et Naomie dans un resto près de Lakeside, embrassade puis direction l’hôtel où mon premier objectif est de prendre une douche (2 jours sans) et d’acheter des fringues car je n’ai plus rien de propre et mes affaires sentent une prostituée de l’est.

Ce soir c’est le nouvel an, nous sommes en 2073!! Voyage dans le temps…
On va dans un bar sur le lac en ayant pris des bouteilles de rhum avant dans un shop avec Paul. N’ayant pas bu pendant près de 20 jours je suis saoul au bout du 3ème verre, club, danse, finiti, dodo.

Jour: Pokhara – Pokhara – Repos!

Une chose est sûre, l’alcool c’est de la merde. Je me réveille une première fois vers 11h puis une deuxième vers 14h, j’ai tellement mal à la tête, j’ai les pensées brumeuses et je n’arrive à peine à aligner deux mots. Naomie, qui est avec moi dans le lit, n’est pas mieux et ressemble à la méchante dans le dessin animé Hercules. On essaye tant bien que mal de sortir du lit, on s’habille et on va prendre un brunch sur le bord du lac.

Après le brunch, je m’achète un t-shirt car toutes mes affaires sentent une prostituée de l’est oubliée et nous rentrons en passant une soirée chill dans un bar trop cool.

Le lendemain, dernier jour à Pokhara pour moi, on décide de louer des scooters et de faire le tour de la ville.
La circulation au Népal est un bordel sans nom, aucunes règles. Le fait de klaxonner ici n’est pas quelque chose de mauvais mais au contraire comme beaucoup d’intersections sont sans feux, klaxonner permet de se faire entendre et donc de passer, d’exister. On loue un scooter et je klaxonne à tout va, quand je tourne, klaxonne! Quand je suis sur la route, klaxonne! Quand je m’arrête, klaxonne! J’adore ça! Et je comprend pourquoi il y a autant de klaxonnes dans ce pays, c’est avant tout pour la sécurité mais c’est aussi parce que ça procure un plaisir fou de klaxonner, faire du bruit, OH HEYYY je suis la!!
La circulation est folle, les routes sont des chemins de 4X4 mais bizarrement je m’habitue à la circulation népalaise. On monte en haut d’une colline pour admirer Pokhara de haut avec le lac puis on redescend dans des chemins de boues.

Le 16 mai 2017, je me réveille vers 6h, tout le monde dort et c’est pour moi le temps de partir pour Katmandou car le jour d’après je m’envole pour la France. Ils ont tous mis le réveil pour me dire au revoir, c’est mignon. Je fais donc mes adieux à Caro, Zelda, Naomie et Cham en se disant qu’on se reverra bientôt et même si j’en ai envie je sais qu’au fond de moi je ne les reverrais plus. Accepter donc le fait que les choses et les expériences sont uniques, l’impermanence de ce qu’on vit…. L’impermanence de la vie…

Arrivé à Katmandou vers 16h, je me rend dans le quartier touristique de Thamel car on m’a conseillé une bonne adresse d’auberge de jeunesse, ça en n’était pas une… Certes, je paye la nuit 7€ mais sans eau pour me laver… Ma dernière douche népalaise fût donc à Pokhara la veille. Tant pis, foutu pour foutu.
Une boule au ventre se fait ressentir, le coup classique à chaque fin de vacances pour tout le monde, mais je me suis habitué à ce joyeux bordel, à dire Namasté à tout le monde, à voir au final une misère si belle en ville et une beauté si pure en montagne.
Je me couche la tête plein de belles images.

Le lendemain, toujours pas lavé, je commence à me sentir sale et comme je marche en tongues depuis quelques jours, l’origine de mes grand parents, pieds noirs, prend tout son sens. Je me lève vers 5h et j’en profite pour aller à la Stupa de Swayambunath, un temple perché sur une colline surplombant la ville. Il y a des singes de partout et j’apprend pourquoi il ne faut pas les regarder dans les yeux (attaque). Des gens font des prières en chantant et je reste longtemps à les écouter, qu’est-ce que c’est agréable. Ensuite je vais à la Stupa le plus grand temple d’Asie, je me dis que c’est quand même à faire mais j’ai eu tort. L’entrée est payante et à l’intérieur de l’enceinte on se croirait à Disneyland, tout est refait à neuf, rien de fou.

Me voilà à l’aéroport prêt à partir pour Istanbul où je passerais une nuit à l’hôtel là bas avant de rentrer définitivement, un palier pas du moins désagréable.

Ce pays regorge tellement de beauté, et en voyant la beauté dans cette misère je me dis que les népalais ont tout compris. Comme ce pays fait parti d’un des plus pauvres au monde, il n’y a pas de formatage, on ne nous dit pas “il faut que tu fasses des études pour réussir dans la vie”, “il faut que tu sois médecin ou avocat, si tu finis à l’usine c’est que tu as raté ta vie” blablabla… Les gens essayent juste de vivre sans en avoir rien à foutre de comment l’autre vit à côté de lui. Et cette situation qu’ils vivent leur permet d’avoir une des qualités humaines les plus importantes à mon goût: comme il n’y a pas de formatage, il n’y a pas de jugement et j’ai trouvé ça magnifique.
Fais ce que tu veux tant que tu arrives à à le faire! La pauvreté leur permet d’être eux même réellement, ils ne se mettent pas de voiles ou de barrières comme nous occidentaux pouvons le faire. Pourquoi ils se feraient chier à mettre des barrières alors qu’ils ont suffisamment de misère dans leur quotidien ?
Peut être que nous nous mettons tous ces voiles car nous sommes arrivés à un confort matériel extrême et que nous nous faisons chier maintenant ?
Peut être qu’il faut un minimum d’inconfort matériel pour se sentir confortablement sur le plan humain ?

J’apprends la en tout cas une belle leçon de vie…